Patek Philippe, c’est ce qui arrive quand une marque de montres décide que le temps lui-même est un héritage de famille. La plupart des horlogers vous vendent un produit. Patek vous vend l’idée qu’on vous confie temporairement un artefact moral qui survivra à votre personnalité, à vos opinions et peut-être à la capacité de toute votre lignée à s’habiller correctement. Ils vous vendent l’idée que ce que vos enfants veulent vraiment de vous, c’est que vous mouriez pour récupérer votre montre. Très porté sur la famille.
« On ne possède jamais vraiment une Patek Philippe, on ne fait que la garder pour la génération suivante » fait des dégâts psychologiques absurdes chez les hommes, plus que je ne suis à l’aise de l’admettre. C’est de l’intimidation héréditaire en douceur. Ça sous-entend que votre mode de vie actuel n’est qu’une salle d’attente pour vos futurs enfants.
Une Patek n’a jamais l’air pressée. Même les modèles sportifs donnent l’impression d’être arrivés au concept de « sport » après une longue réunion de comité avec boiseries en noyer et éclairage tamisé. Tout est sobre, fini et légèrement distant sur le plan émotionnel. C’est un luxe qui refuse d’élever la voix, même quand il vous juge manifestement.
Les propriétaires de Patek Philippe ont tendance à développer une posture très particulière à l’égard du temps. Pas « je possède cette montre », mais « on m’a jugé temporairement digne de cette montre, après avoir versé des dizaines de milliers de dollars ». Il y a toujours le sentiment que, quelque part, un conseil invisible de la vieille fortune examine votre comportement chaque trimestre. Et puis il y a cette ambiance de salle d’attente.
Parce que posséder une Patek tient souvent moins de l’achat que d’une admission progressive dans une conversation dont vous ignoriez qu’elle avait des prérequis. On n’entre pas d’un pas dans la propriété d’une Patek Philippe. On vous en rapproche peu à peu, comme une pièce de musée qui reconnaît parfois votre existence si vous vous êtes bien comporté lors des exercices financiers précédents.
La Nautilus et l’Aquanaut trônent au centre de tout ça comme si elles savaient exactement ce qu’elles ont fait à la masculinité moderne. Une montre de sport de luxe en acier ne devrait pas provoquer de perturbations émotionnelles, et pourtant nous y voilà, des hommes adultes traitant du métal brossé comme s’ils voulaient l’épouser.
Mais le vrai génie de Patek Philippe, c’est de retirer à l’objet tout sentiment de propriété jetable. La plupart des montres de luxe disent : « Vous l’avez méritée. » Patek dit : « Ceci survivra à votre identité actuelle, tâchez de ne pas lui faire honte. »
Parce qu’à un moment, la montre cesse de ressembler à un achat et se met à ressembler à un petit débat qui tique avec le temps lui-même. Un rappel que vous n’êtes pas le personnage principal de l’histoire de la valeur, juste un bref gardien doté d’un bon dossier de crédit. La montre est le protagoniste, vous n’êtes qu’un personnage secondaire dans votre propre vie.