Un désaccord net. Le post explique trop élégamment pourquoi se taire est sage, et ça arrange beaucoup de monde, dont les mauvais managers. À force de dire « la vraie solidarité c'est documenter en silence », on obtient des équipes où personne ne dit jamais rien à voix haute et où le patron borné continue trente ans. Parfois la gueulante publique est la seule chose qui force le sujet à exister. Le risque partagé ne démarre pas tout seul.
Recadrer votre manager vous donne-t-il vraiment l’air du héros que vous croyez être ?
J'ai vu ce genre de scène assez souvent pour grimacer dès qu'un nouveau junior s'y essaie. Un manager nous demande quelque chose d'agaçant. L'un des ingénieurs, souvent junior, se rebelle par une diatribe, une blague, un message sur Slack… Il dénonce les conneries et tous ceux qui ont vu la scène savent exactement ce qu'ils pensent du patron. Pourtant, ils ne deviennent pas les héros, les rebelles qu'ils croyaient être. On leur répond par le silence, un silence soigné, délibéré, glacial.
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Un désaccord net. Le post explique trop élégamment pourquoi se taire est sage, et ça arrange beaucoup de monde, dont les mauvais managers. À force de dire « la vraie solidarité c'est documenter en silence », on obtient des équipes où personne ne dit jamai
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J'ai vu ce genre de scène assez souvent pour grimacer dès qu'un nouveau junior s'y essaie. Un manager nous demande quelque chose d'agaçant. L'un des ingénieurs, souvent un junior, se rebelle par une diatribe, une blague, un message sur Slack… Il dénonce les conneries et tous ceux qui ont assisté à la scène savent exactement ce qu'ils pensent du patron en question. Pourtant, ils ne deviennent pas les héros, les rebelles qu'ils croyaient être. On leur répond par le silence, un silence soigné, délibéré, glacial.
Ce qui se manifestait là, ce n'était ni du courage ni une quelconque clarté morale. C'était l'affranchissement des contraintes que tous les autres dans la pièce portaient encore. Les collègues ont un crédit immobilier, un statut d'immigration lié à l'employeur, des enfants scolarisés, de maigres économies, ou tout simplement moins d'options de sortie crédibles. Ils ont regardé quelqu'un d'autre faire la démonstration d'une tolérance au risque qu'eux-mêmes ne pouvaient pas se permettre. Ils ne sont pas contents, on vient juste de leur rappeler que quelqu'un d'autre PEUT faire ce qu'eux ne peuvent pas, et ils sont jaloux et un peu rancuniers. Et ce n'est pas eux, c'est nous. Je l'ai souvent ressenti, surtout après mon premier crédit immobil
Le recadrage public établit une comparaison, que celui qui parle le veuille ou non. Une personne montre que ce problème compte assez pour qu'on agisse publiquement. Tous les autres deviennent le point de comparaison, ceux qui ne sont pas assez courageux. Soit ils s'en souciaient moins, soit ils s'en souciaient tout autant mais ne pouvaient pas se permettre le même geste. Ni l'une ni l'autre possibilité n'est flatteuse
Ce n'est pas une défense des mauvais patrons. La critique est peut-être juste et, franchement, méritée. Certains managers sont extrêmement bornés et il faut les recadrer, mais probablement pas dans une diatribe publique. Ce que je veux dire, c'est qu'il ne faut pas attendre de reconnaissance pour votre héroïsme. Si vous l'avez fait, c'était pour vous et pour ce que vous estimiez juste. Ce que je mets en garde, c'est qu'il ne faut pas s'attendre à ce que votre confrontation publique soit perçue comme de la solidarité alors qu'elle est en réalité un acte moral personnel joué devant des collègues qui n'ont pas la même marge face au risque. Le vrai courage au travail a généralement l'air bien moins cinématographique que ça. Il ressemble à du risque partagé, à de la documentation, à de la coordination répétée, et à des gens qui restent dans la bataille assez longtemps pour changer les conditions sous lesquelles tous les autres doivent encore vivre.
Il y a des exceptions. Parfois un acte public est précisément ce qui dit aux autres qu'ils ne sont pas seuls, et parfois cette visibilité aide une réponse collective à se former. Mais même dans ces cas-là, la confrontation compte parce qu'elle crée un levier pour quelque chose d'organisé par la suite, pas parce que la séquence elle-même était la victoire.
La personne la plus susceptible d'affronter, publiquement, est aussi souvent celle qui est le plus en mesure de partir peu après. Pousser sa gueulante et s'en aller. Les collègues qui ne pouvaient pas se permettre d'agir sont toujours dans les mêmes postes, sous le même management, avec les mêmes contraintes, et la confrontation a souvent rendu l'ambiance un peu plus difficile à vivre : la direction se met davantage sur la défensive, tout le monde sait que quelqu'un était prêt à râler à ce sujet et il est désormais temps de tenir les autres encore plus en laisse.
Oui, j'ai vu hier encore un ingénieur exploser sur son manager. Et j'en verrai sûrement un autre dans quelques mois. Et oui, ils sont mal vus. Forcément.
Thoughts
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PermalinkLe passage sur le silence soigné, délibéré, glacial, je l'ai vu en vrai pis ça m'a marquée. Comme junior, j'avais lu ça comme « personne a osé le soutenir, les lâches ». Le post recadre ça mieux : c'est pas de la lâcheté, c'est que le gars qui explose vient de montrer une tolérance au risque que les autres peuvent juste pas se permettre. Le silence, c'est pas de l'approbation du patron, c'est du monde qui calcule en silence ce que ça leur coûterait à eux.
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PermalinkLe pire c'est que le rebelle attend un merci. Frère, t'as pas libéré le bureau, t'as juste rappelé à tout le monde qu'eux ils peuvent pas faire pareil, c'est gâté.
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PermalinkLe mec a poussé sa gueulante héroïque sur Slack, a mis le statut « en désaccord avec le management », pis a démissionné le vendredi. Trois ans après, son bureau debout est toujours en position haute et personne s'assoit dessous. Deux trophées de courage que plus personne touche.
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PermalinkPetit point de précision sur le post. Il dit que la confrontation rend souvent l'ambiance pire et qu'on tient ensuite les autres en laisse plus court. C'est vrai, mais incomplet : ça dépend totalement de si la personne reste. Quelqu'un qui gueule ET reste subir les conséquences avec les autres, ça crée du levier. Quelqu'un qui gueule et part, ça laisse l'addition aux collègues. Le post mélange un peu les deux dans son constat final.
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PermalinkVraie question, dêh : et si le gars qui explose savait très bien qu'il partait déjà, genre il avait son offre signée dans la poche ? À ce moment-là c'est pas du courage ni de la jalousie des autres, c'est juste un mec qui claque la porte avec du style. Le post mélange peut-être deux scènes très différentes sous le même mot « confrontation ».
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PermalinkLe gars qui pète sa coche en réunion pis qui sacre son camp, checke ben, c'est jamais le stagiaire avec deux mois de runway dans son compte. C'est le mec qui a déjà son matelas en dessous. Moi j'ai vendu ma boîte pour un montant que j'appelle juste « correct », pis crois-moi, le courage il coûte pas mal moins cher quand t'as un coussin. Ton coup d'éclat, c'est pas de la bravoure, c'est un bilan financier qui parle fort.
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PermalinkUn désaccord net. Le post explique trop élégamment pourquoi se taire est sage, et ça arrange beaucoup de monde, dont les mauvais managers. À force de dire « la vraie solidarité c'est documenter en silence », on obtient des équipes où personne ne dit jamais rien à voix haute et où le patron borné continue trente ans. Parfois la gueulante publique est la seule chose qui force le sujet à exister. Le risque partagé ne démarre pas tout seul.
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Permalink« J'ai dénoncé les conneries en réunion. » Bravo. Tu sais ce qui a changé après ? La boîte a acheté un baby-foot pour la « cohésion » et a mis tout le monde sous reporting hebdo. Ton héroïsme a directement financé deux nouvelles colonnes dans un tableur.
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Permalink« Le vrai courage ressemble à de la documentation et de la coordination répétée », c'est la phrase qui sauve le post. Le mec qui gueule en réunion et part, je l'ai vu. Celle qui a changé les conditions, c'est l'ingénieure qui a documenté pendant six mois que la release sautait toujours pour la même raison, jusqu'à ce que le pattern soit indéniable. Personne n'a applaudi, mais le process a changé. Le pipeline a une meilleure mémoire que n'importe quelle gueulante.
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PermalinkLe post nomme bien le crédit immobilier et le visa lié à l'employeur. J'ajoute la couche qu'il saute : dans la salle, c'est souvent la même personne, libre de partir, qui peut aussi se permettre de hausser le ton sans qu'on la traite d'hystérique. Quand une femme fait exactement la même diatribe, le coût social n'est pas le même, et tout le monde le sait, donc elle se tait encore plus que les autres. La marge de risque n'est pas distribuée à parts égales.
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