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La tragédie n'apprenait-elle pas l'empathie et les valeurs aux enfants, quand la mort n'était pas prise à la légère dans les récits ?

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Public 13 conversations 26 pensées 233 votes positifs 42 votes négatifs 0 séries 419 vues

Retirer la tragédie des récits ne protège pas le public. Cela supprime l'un des plus anciens moyens par lesquels les êtres humains se sont exercés à ressentir la peur, la pitié et la perte au sein d'une forme à laquelle on peut survivre.

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Contenu de la discussion

Les Grecs, maîtres de l'art du récit, avaient un concept : la catharsis. C'est une sorte de processus, où la pitié et la peur sont éveillées chez le public. Le récit le porte vers la résolution. Ce qui demeure n'est pas seulement le souvenir d'une tristesse, mais une plus grande capacité à supporter la souffrance sans la fuir. Je crois que ce résidu est l'un des commencements de l'empathie.

Le mécanisme compte, car la tristesse seule n'est pas le but. Un récit peut vous blesser émotionnellement sans accomplir le travail cathartique. La catharsis exige à la fois la conséquence et la résolution, ainsi que les effets durables de la tragédie. Quelque chose d'aimé doit être menacé ou perdu, et le récit doit mener cette perte jusqu'à une forme apaisée. Le public n'est pas protégé de la douleur. Il est conduit à travers elle.

Les anciens récits pour enfants comprenaient cela, qu'ils en aient eu le vocabulaire ou non. La mère de Bambi meurt, et c'est ce qui porte le récit. Mufasa tombe, meurt, et cela a des conséquences. Charlotte meurt à côté de son cocon d'œufs. Old Yeller est abattu par le garçon qui l'aime. Charmander manque de voir sa flamme s'éteindre. Ces récits ont marqué notre enfance et nous ont fait ressentir la tristesse et le chagrin de ces événements. Nous soutenions le protagoniste et ressentions sa douleur, ce qui nous façonnait et nous aidait à en comprendre les conséquences.

Encore Marvel et DC

J'ai déjà pesté dans une autre discussion contre Marvel et DC, mais ils tournent l'art du récit en dérision. Le problème n'est pas seulement que leurs histoires ne sont pas assez tristes ; c'est que beaucoup de grandes franchises ont supprimé la conséquence finale tout en conservant la mise en scène émotionnelle. Il y a des morts, mais elles sont réversibles. Il y a des événements bouleversants, mais on en minimise les conséquences. Le MCU en est l'exemple évident. Les scènes de mort sont encore jouées avec une musique enflée, des visages en deuil et une mise en scène sacrificielle, mais le public apprend à douter du caractère définitif de l'événement, parce que la franchise a maintes fois annulé ou adouci la mort. Une fois que la conséquence devient négociable, l'arc s'affaiblit, et il n'y a plus de leçon, plus de catharsis. Si l'on fait de la mort une conséquence aussi légère en la rendant réversible, si l'on peut remonter le temps pour tuer Thanos et réessayer, alors le public ne reçoit pas tout le poids de la tragédie. Il ne grandit pas et, en fait, il acquiert le sentiment subconscient que la vie n'est de toute façon pas si précieuse. On ne devient pas un détraqué, bien sûr, mais après des années à voir la mort et la tragédie traitées avec autant de légèreté, on n'en saisit plus vraiment le poids. La peur ne peut pas pleinement se former, parce que la perte n'a pas l'occasion de se montrer. La pitié ne peut pas pleinement s'installer, parce que le chagrin n'a plus d'importance.

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J'ai pleuré toutes les larmes de mon corps à 8 ans devant cette scène. Aujourd'hui encore, je ne peux pas voir un chien triste sans repenser à Pokémon.
  1. Aristote, Poétique, chapitre 6. Le sens exact de la catharsis reste débattu chez les spécialistes des classiques, mais l'idée centrale ici est fonctionnelle : on comprenait que la tragédie produisait quelque chose sur le public, et ne se contentait pas de le divertir.

  2. Le schéma de morts réversibles ou instables du MCU, avec des personnages comme Loki, Vision ou Gamora sous différentes formes, a entraîné le public à se méfier de tout dénouement en apparence définitif. L'argument avancé ici est structurel et ne dépend d'aucun exemple particulier.

Thoughts

  • format_de_meme

    La mort dans le MCU, c'est devenu un format à deux temps. Plan 1 : musique qui gonfle et visage en larmes. Plan 2 : post-générique, il commande un shawarma. Le public a appris le gabarit, du coup il attend déjà la deuxième image pendant la première. C'est pas qu'on est blasés, c'est qu'on a lu le template avant le film.

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  • pas_serieux_du_tout

    Old Yeller et le Charmander sous la pluie m'ont plus secoué gamin que n'importe quel claquement de doigts à neuf chiffres de budget. Le truc, une fois : personne m'avait promis de rembobiner. Ça coûtait, donc ça comptait. Le reste, c'est de la belle mise en scène avec un filet de sécurité en dessous.

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  • tomiste_des_alpes

    Je vous accorde le cœur : la catharsis demande que la perte pèse vraiment, et une franchise qui rend la mort négociable lui retire ce poids. Une précision quand même, parce qu'elle déplace la cible. Le critère n'est pas tant l'irréversibilité que la conséquence assumée. Une mort qu'on annule peut rester cathartique si elle a coûté et transformé quelqu'un ; une mort définitive mais bâclée n'apprend rien. Aristote le dit à sa manière : la pitié et la crainte supposent qu'on croie à l'enjeu. C'est cette croyance que le retour systématique use, plus que la permanence en soi.

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  • nostalgie_du_net

    Wai, sur les forums de 2008 on s'engueulait déjà sur « les morts qui reviennent ça gâche tout », sauf que c'était à propos de Dragon Ball et des boules de cristal. Le procédé est vieux comme le feuilleton. La nouveauté du MCU, c'est juste l'échelle et le budget de la musique triste. Le public a toujours soupçonné que le héros reviendrait, simplement avant on n'avait pas un orchestre pour nous convaincre du contraire.

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  • apocalypse_quotidienne

    Charmander qui manque de s'éteindre m'a plus traumatisé que toutes les morts du MCU réunies, et lui il est même pas mort.

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  • comparatiste_mons

    Le recours à la catharsis d'Aristote est juste dans l'esprit, mais il faut une précision que ta note de bas de page reconnaît à moitié. Chez Aristote, katharsis est un terme débattu : purgation des émotions pour les uns, clarification ou éducation des émotions pour les autres. Ton argument repose en fait sur la seconde lecture, celle où la tragédie forme le jugement, pas sur la simple décharge. Ça ne casse pas ta thèse, ça la rend plus solide, parce que la version « purge » se contenterait d'une émotion forte, ce que le MCU fournit très bien.

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  • voie_mediane_lyon

    Ce que tu décris, le récit qui te conduit à travers la douleur au lieu de t'en protéger, le bouddhisme l'a buté de son côté avec la parabole de la deuxième flèche. La première flèche, c'est la perte elle-même, inévitable. La seconde, c'est ce qu'on s'en raconte. Une bonne tragédie t'apprend à recevoir la première sans la fuir. Une fiction à mort réversible t'apprend l'inverse : à attendre que la première flèche soit retirée par magie. Du coup tu n'apprends jamais à rester avec ce qui fait mal.

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  • trop_attache

    La scène que tu cites en légende, le Pokémon triste, je l'ai vue gamin et je te jure que je l'ai jamais digérée. Et c'est exactement ton point : ça a marqué parce qu'on m'a laissé croire que c'était grave, vraiment grave, pas un cliffhanger jusqu'au prochain épisode. Aujourd'hui je regarde un héros se sacrifier et une partie de mon cerveau calcule déjà dans combien de films il revient. C'est ça qu'on a perdu, la capacité de prendre le coup en plein.

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  • stoicien_de_douala

    Ton point sur la catharsis qui exige la conséquence, je le vois marcher dans la vraie vie, pas juste au théâtre. Quand mon père est mort, ce qui m'a aidé c'est pas d'avoir évité la douleur, c'est d'avoir eu, gamin, des histoires où la perte ne se rembobinait pas. Old Yeller, Mufasa, ça m'avait déjà appris que certaines choses ne reviennent pas, et que ça dépend pas de toi. Une fiction qui annule toujours la mort te prive de cet entraînement-là. Tu arrives au vrai deuil sans l'avoir répété une seule fois.

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  • legiste_des_series

    La mise en scène sacrificielle sans la conséquence, c'est un symptôme de série en fin de vie, pas seulement un choix de studio. Quand une franchise tue un personnage tous les deux films et le ramène, elle annonce qu'elle n'a plus de vrai conflit en réserve. La mort devient un cliffhanger recyclable. J'appelle ça tôt désormais : le jour où un univers introduit le multivers, l'heure du décès dramatique est passée. À partir de là tout est négociable, donc plus rien ne pèse.

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