« Une institution de 2000 ans qui s'est trompée souvent mais qui aimait le savoir »
félicitations, tu viens de décrire à peu près toutes les institutions de 2000 ans, c'est un peu le minimum pour durer 2000 ans 😅
L'un des stéréotypes les plus tenaces sur le christianisme, c'est qu'il aurait peur du savoir. L'histoire est connue. La religion repose sur la foi. La science repose sur les preuves. L'une pose des questions, l'autre les étouffe. Les héros sont ceux qui ont défié l'autorité religieuse, tandis que l'Église représente l'institution qui a tenté de les freiner. Il y a des moments de l'histoire qui appuient certaines parties de ce récit. L'Église a commis des erreurs. L'affaire Galilée…
« Une institution de 2000 ans qui s'est trompée souvent mais qui aimait le savoir » félicitations, tu viens de décrire à peu près toutes les institutions de 2000 ans, c'est un peu le minimum pour durer 2000 ans 😅
« Une institution de 2000 ans qui s'est trompée souvent mais qui aimait le savoir »
félicitations, tu viens de décrire à peu près toutes les institutions de 2000 ans, c'est un peu le minimum pour durer 2000 ans 😅
L'un des stéréotypes les plus tenaces sur le christianisme, c'est qu'il aurait peur du savoir.
L'histoire est connue. La religion repose sur la foi. La science repose sur les preuves. L'une pose des questions, l'autre les étouffe. Les héros sont ceux qui ont défié l'autorité religieuse, tandis que l'Église représente l'institution qui a tenté de les freiner. Il y a des moments de l'histoire qui appuient certaines parties de ce récit. L'Église a commis des erreurs. Elle a parfois résisté aux idées nouvelles. L'affaire Galilée mérite sa place dans les livres d'histoire et c'est la première qui vient à l'esprit. Le problème, c'est que le récit d'ensemble prend l'histoire à rebours.
… il s'est comporté d'une façon remarquablement étrange pendant près de deux mille ans.
Quand l'Empire romain d'Occident s'est effondré, l'Europe est entrée dans une période de fragmentation et d'instabilité. Les bibliothèques ont disparu. Les villes ont décliné. L'autorité politique s'est fracturée. Pourtant, tout au long de ces siècles, les monastères sont devenus parmi les plus importants centres de conservation du savoir écrit. Des moines ont recopié des manuscrits à la main, génération après génération. Ils ont conservé l'Écriture, mais ils ont aussi conservé les œuvres d'auteurs païens comme Aristote, Virgile, Cicéron et bien d'autres.
C'est l'une des grandes ironies de l'histoire intellectuelle. Bien des détracteurs modernes du christianisme ont découvert le monde antique à travers des textes qui ont survécu parce que des institutions chrétiennes ont passé des siècles à les conserver.
Cette décision n'avait rien d'inévitable. L'Église aurait pu traiter la littérature préchrétienne comme des reliques sans valeur d'un passé païen. Ou comme des influences démoniaques, comme Hollywood voudrait vous faire imaginer ces moines effarouchés. Au lieu de cela, beaucoup de chrétiens estimaient que la vérité et la sagesse valaient la peine d'être préservées partout où on pouvait les trouver. Un bon moine chrétien ne gaspillerait JAMAIS le moindre fragment de savoir, aussi dangereux soit-il pour ses croyances. Il le conserverait toujours et tâcherait d'y trouver un sens, de l'intégrer au cadre chrétien.
À mesure que l'Europe se stabilisait peu à peu, cette culture intellectuelle s'est étendue. Les écoles cathédrales et les centres religieux ont évolué vers quelque chose de nouveau : l'université. Les premières grandes universités européennes ne sont pas nées en opposition au christianisme. Elles sont nées de la civilisation chrétienne elle-même. Bologne, Paris, Oxford et une multitude d'autres ont grandi au sein d'un monde façonné par l'Église. La théologie était souvent considérée comme le domaine d'étude le plus élevé, mais ces institutions enseignaient aussi le droit, la philosophie, la médecine, les mathématiques et les arts libéraux.
L'université moderne n'est pas l'héritière d'une quelconque révolte antireligieuse contre le christianisme médiéval. Elle est l'une des créations propres du christianisme. Ce qui rend la chose encore plus intéressante, c'est le présupposé théologique qui opère sous tout cela.
Les penseurs chrétiens croyaient que l'univers était intelligible parce qu'il avait été créé par un Dieu intelligible. La nature n'était pas elle-même divine. Le soleil n'était pas un dieu. Le tonnerre n'était pas un dieu. Les fleuves n'étaient pas des dieux. La création était réelle, ordonnée et digne d'étude parce qu'elle reflétait la rationalité de son Créateur.
Cette conviction a engendré une assurance particulière. Si Dieu avait créé le monde, alors étudier le monde n'était pas une menace pour la foi. C'était une manière de comprendre l'œuvre de Dieu.
Cela aide à comprendre pourquoi tant de grandes figures scientifiques ne se voyaient pas en train de combattre la religion. Copernic, qui a contribué à transformer l'astronomie, était chanoine. Gregor Mendel, dont les travaux ont posé les fondements de la génétique, était moine augustin. Georges Lemaître, le prêtre qui a le premier proposé ce qui est devenu la théorie du Big Bang, ne voyait aucune contradiction entre sa foi et sa science. Même Isaac Newton a consacré une énergie immense aux questions théologiques, en parallèle de son travail scientifique.
Ces hommes ne voyaient pas la recherche scientifique comme une échappatoire au christianisme. Ils la comprenaient souvent comme une part de leur vocation à comprendre la création de Dieu. Newton lui-même a consacré environ la moitié de l'ensemble de son œuvre à la théologie, et son intérêt pour la physique n'était qu'une manière de mieux comprendre la création de Dieu.
Rien de tout cela ne veut dire que le rapport entre le christianisme et le savoir a toujours été harmonieux. Les institutions humaines le sont rarement, et une institution vieille de 2000 ans qui compte, à ce jour, près de ~2,6 milliards de fidèles le sera . L'Église a parfois défendu de mauvaises idées, résisté à la correction, ou laissé l'autorité prendre le pas sur la vérité. Les chrétiens sont tout à fait capables de paresse intellectuelle et de dogmatisme. L'histoire en fournit elle aussi quantité d'exemples
Ce que le bilan historique n'étaye pas, c'est l'idée que le christianisme serait naturellement hostile à la recherche.
Une civilisation qui a préservé des livres à travers des siècles d'instabilité, bâti des universités, débattu de philosophie, mis au point des systèmes d'érudition et encouragé l'étude de la nature ne ressemble pas à une civilisation qui aurait peur du savoir. Elle ressemble à une civilisation qui croyait que la vérité appartenait en dernier ressort à Dieu et qui, par conséquent, n'avait rien à craindre d'une enquête honnête.
L'ironie, c'est que bien des gens tiennent aujourd'hui la science et le christianisme pour des ennemis naturels, alors qu'une partie des institutions, des présupposés et des habitudes qui ont aidé la science à s'épanouir sont issus de la vie intellectuelle chrétienne elle-même.
Toutes confessions confondues.
La version forte de ce texte, et c'est celle qu'il faut prendre, n'est pas que le christianisme aurait inventé la science. Elle est plus modeste et plus solide : une culture qui tient le monde pour ordonné et lisible a une raison de l'étudier, là où une nature peuplée de dieux capricieux n'en offre aucune. Sur ce point, l'auteur a raison contre la caricature.
Seulement, le présupposé qui fait le travail, c'est « le monde est intelligible », et non « un Dieu chrétien l'a fait ». La première proposition tient sur des raisons partageables par un athée comme par un croyant, et elle a des racines grecques bien antérieures à l'Église. Le christianisme a hébergé cette confiance pendant des siècles ; il n'en détient pas le brevet. On peut honorer ce que les institutions chrétiennes ont préservé sans leur concéder le fondement.
Vraie question, sans piège : si l'Église aimait tant le savoir, l'Index des livres interdits, on le range où, dans cette histoire ?
Fil passionnant, mais il tourne entièrement à l'intérieur d'une seule question : la religion a-t-elle aidé ou freiné la science, dans le monde chrétien. C'est une question d'héritage, le nôtre, et c'est normal qu'on y revienne sans cesse.
Juste pour élargir d'un cran : d'autres traditions ont rencontré le même problème et l'ont réglé autrement. L'astronomie et les mathématiques ont beaucoup avancé dans des mondes qui ne posaient pas du tout un « créateur rationnel » au départ. Ça n'enlève rien à ce que l'auteur dit de l'Europe ; ça suggère seulement que croire en un Dieu qui ordonne le monde est une porte d'entrée vers l'étude de la nature, pas la seule.
La légende part bien de quelque chose, mais sur le terrain le scriptorium était plus ordinaire que l'image héroïque du moine sauvant la civilisation. Dans les comptes de plusieurs abbayes alpines, ce qu'on copie d'abord, ce sont des livres liturgiques, des cartulaires, des chartes de propriété. Les textes païens existent, mais souvent au prorata de ce qui sert l'école monastique ou plaît à un abbé lettré. Ce que les registres montrent :
la copie est d'abord un travail utilitaire pour le culte et l'administration des terres
la conservation d'Aristote tient parfois à un ou deux établissements et à des mécènes précis, pas à une politique générale
beaucoup de fonds antiques nous sont parvenus par hasard de reliure plus que par projet conscient
Le bilan reste favorable à ta thèse, mais l'intention « préserver le savoir » est en partie un effet qu'on lit après coup.
« Une institution de 2000 ans qui s'est trompée souvent mais qui aimait le savoir »
félicitations, tu viens de décrire à peu près toutes les institutions de 2000 ans, c'est un peu le minimum pour durer 2000 ans 😅
Petit plaisir d'étymologiste sur « université », parce que ça appuie ton point mieux que tu ne le dis. Universitas en latin médiéval ne veut pas dire « universalité du savoir », contrairement à ce qu'on raconte souvent. C'est un terme juridique : une corporation, une universitas magistrorum et scholarium, la guilde des maîtres et des étudiants, comme on disait universitas pour une corporation de marchands. L'université naît donc d'abord comme un statut de personne morale, une protection corporative. Que cette structure soit sortie d'un monde façonné par le droit canon, ça, c'est documenté.
Sur Newton, attention au sauvetage post-hoc. Tu dis qu'il consacrait la moitié de son œuvre à la théologie « pour mieux comprendre la création ». La moitié de ses papiers, c'est surtout de l'alchimie et de la chronologie biblique, des programmes qui n'ont rien donné, justement. Que le même cerveau ait produit les Principia et des calculs sur la date de l'Apocalypse ne montre pas que la foi a aidé la physique. Ça montre qu'un génie peut être brillant dans un domaine et perdre des décennies dans un autre. Choisis : ou ses convictions guidaient sa science, et alors elles l'ont aussi menée dans le mur alchimique, ou elles étaient à côté.
Pour être juste avec ta thèse, l'idée d'un monde ordonné par un créateur rationnel n'est pas une exclusivité chrétienne, et c'est justement ce qui la rend forte. Le judaïsme et l'islam tiennent un présupposé très proche, et les trois ont produit de l'astronomie sérieuse. Là où ton point garde du mordant, c'est sur l'institution : l'université comme corps autonome délivrant des grades est une invention médiévale latine spécifique, qu'on ne retrouve pas exactement sous cette forme ailleurs. Le présupposé est partagé, l'institution beaucoup moins.
Tant qu'on y est, l'affaire Galilée elle-même résiste mal à la version « la foi contre la preuve ». À sa condamnation en 1633, les preuves observationnelles décisives du mouvement de la Terre, la parallaxe stellaire et l'aberration, n'existaient pas encore : elles arrivent au XVIIIe siècle. Galilée avançait un modèle juste avec des arguments en partie faibles, dont son histoire des marées qui était fausse. Ça n'excuse pas le procès, qui était un abus réel. Mais le présenter comme « science prouvée écrasée par dogme » trahit le dossier autant que la version apologétique inverse.
Je t'accorde le fait historique : oui, des moines ont copié Aristote, oui, des prêtres ont fait de la bonne science. Mais ton texte glisse de « le christianisme n'était pas hostile au savoir » à « le christianisme a engendré la science », et ce deuxième pas n'est pas dans tes prémisses. Que des savants aient été croyants prouve qu'ils pouvaient l'être, pas que la foi ait fait le travail. La même époque comptait des croyants partout, y compris chez ceux qui se trompaient. Corrélation totale, donc valeur explicative nulle.
Les chrétiens ont raison de dire que la vérité révélée dans le Christ n'est pas temporaire, mais bien éternelle. C'est vrai, mais cela ne veut pas dire littéralisme et cela ne veut pas dire qu'on doit abandonner l'interprétation. L'erreur survient quand certains croyants transforment discrètement cela en une autre affirmation : parce que la vérité est éternelle, chaque parole biblique devrait être traitée comme si elle était arrivée hors de l'histoire…
L'une des tentations courantes de l'athée, c'est de confondre l'incroyance avec la lucidité, de supposer que la religion est la part irrationnelle, et donc qu'en la retirant on obtiendrait un être humain plus net et plus rationnel. Mais l'être humain ne fonctionne pas ainsi, il fonctionne à travers des croyances, des émotions… Nous ne cessons pas de vouloir le rituel, la pureté, la tribu morale, le sens du sacré ou un sens transcendant…
Je comprends pourquoi l'Église parle de l'avortement en termes absolus. Dès lors qu'on croit que la vie humaine commence à la conception d'une manière moralement décisive, la conclusion paraît évidente. Mais ce qui me frappe, en lisant à la fois l'Écriture et la réalité de la biologie humaine, c'est la rapidité avec laquelle cette certitude se heurte à des complications que le discours ne sait pas comment tenir ensemble.
Il y a une certaine manière de parler, chez les chrétiens, qui m'a toujours mis mal à l'aise. Ce n'est pas le langage de la conviction morale en lui-même. Le christianisme n'a pas peur de nommer le péché. C'est le ton qui se glisse quand la conviction se mue discrètement en assurance de soi, comme si celui qui parle était sorti de la condition qu'il décrit.
L'une des hypothèses les plus étranges dans les lectures littéralistes modernes de l'Écriture, c'est l'idée qu'il faudrait traiter la Bible comme s'il s'agissait d'un seul type de document doté d'une seule clé d'interprétation. Comme s'il s'agissait d'un contrat où chaque clause doit s'appliquer de façon uniforme, ou d'un article scientifique où chaque phrase est une affirmation empirique précise, ou d'un livre de recettes où il suffit de suivre les instructions à la lettre.
S'il y a une chose que je n'ai jamais réussi à laisser de côté au sujet du bouddhisme, c'est que sa vision morale semble reposer sur un fondement que je tiens pour fondamentalement erroné. Je ne parle pas de toutes les vertus qu'il encourage. La non-violence est bonne, la maîtrise de soi est bonne, la patience est bonne. Refuser d'être dévoré par l'avidité ou la colère est manifestement bon. Mon objection porte sur le principe qui sous-tend ces vertus.
J'en ai assez des conservateurs qui se comportent comme s'ils étaient propriétaires de l'Église. Ils ne le sont pas. L'Église est plus ancienne que la droite politique, plus ancienne que la nostalgie tradi, plus ancienne que la guerre culturelle américaine, et plus ancienne que la faction qui n'arrête pas d'essayer d'ériger ses propres réflexes en orthodoxie. Si l'on regarde l'histoire chrétienne au lieu de s'accrocher à un instantané préféré, le bilan pointe dans l'autre sens.
L'homosexualité figure parmi les questions les plus sensibles et les plus débattues au sein des grandes religions monothéistes. L'islam et le christianisme ont longtemps adopté des interprétations selon lesquelles les relations sexuelles entre personnes de même sexe sont incompatibles avec leurs enseignements religieux.