Le karaté a eu sa chance au titre en 1993, est entré fier, est sorti soumis, et fait des katas dans le hall d'accueil depuis.
Le karaté est-il le seul art martial qu'on peut maîtriser sans jamais être touché ?
Le karaté est l'art martial le plus photogénique jamais inventé, et c'est le premier indice. Il est bâti autour du combat contre des gens qui ne sont pas là, du bris d'objets qui ont accepté d'être brisés, et d'assauts qui s'arrêtent à l'instant où quelqu'un fait contact. On peut décrocher une ceinture noire sans jamais avoir encaissé la moindre conséquence.
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Le karaté a eu sa chance au titre en 1993, est entré fier, est sorti soumis, et fait des katas dans le hall d'accueil depuis.
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Le karaté est superbe à regarder. Le karatégi blanc impeccable, la ceinture, le salut, le claquement de la manche quand une ceinture noire décoche un coup de poing inversé dans le vide devant elle. C'est l'art martial le plus photogénique jamais inventé, et c'est le premier indice. Tout ce qui est aussi beau est optimisé pour le cinéma, pas pour la victoire.
Commençons par les kata, l'âme de l'art. Ce sont de magnifiques enchaînements polis pendant des décennies, exécutés contre un comité d'assaillants invisibles, des hommes qui n'existent pas, qui attaquent un par un depuis les quatre points cardinaux et attendent poliment leur tour. Un karatéka peut passer vingt ans à perfectionner une parade impeccable contre un agresseur qui n'a jamais lancé de coup de poing, n'en lancera jamais, ne sait pas saisir, ne se coordonne pas avec ses copains et se distingue surtout par son absence dans la pièce.
Vient ensuite la démonstration phare : casser une planche. Une planche est une dalle immobile de bois mort qui n'a jamais esquivé un jab, jamais tenté d'amenée au sol, et qui a consenti d'avance à toute l'interaction. Et, si c'est trop dur, on peut toujours faire quelques entailles dans la planche pour s'assurer que vous ne vous blessiez pas trop en la cassant. En fendre une prouve que vous savez frapper une chose qui a accepté d'être frappée. On ne distribue pas de ceintures aux gens qui finissent par ouvrir un bocal récalcitrant, et ce bocal, au moins, oppose une résistance.
L'assaut, quand il est enfin autorisé, se fait au point. Deux personnes se fendent en avant, se tapotent sur un plastron, puis reculent d'un bond comme si on les avait défibrillées pendant qu'un homme hurle un numéro. C'est la seule forme de combat où le coup gagnant consiste à faire contact puis à fuir aussitôt les lieux du crime. On peut devenir champion national sans jamais avoir découvert ce que ça fait de se faire toucher.
Et au-dessus de tout cela flotte la mystique. Les cris, parce que quelque part on a décidé que la violence était plus létale quand on la commentait clairement à grands cris. Le sensei d'une galerie commerciale, coincé entre un salon de manucure et une boutique de vapotage, qui décerne une ceinture noire à un enfant de sept ans incapable de lacer ses chaussures correctement mais tout à fait apte à faire enregistrer ses mains comme armes mortelles, une chose qui n'a jamais été une loi nulle part mais qu'on n'arrête pas de répéter. Par les mêmes gens qui vous préviennent qu'ils deviennent un danger « quand ils commencent à voir rouge ».
Le jeu de jambes, lui, est réel. Quand un gars de karaté est vraiment entré en MMA et a gagné, Machida, ce n'étaient pas les kata ni le kiai, c'étaient la distance, le timing, le mouvement d'aller-retour que personne d'autre ne travaillait avec autant d'acharnement. Le karaté peut très bien fonctionner. Il y a une compétence réelle et tranchante enfouie sous toute cette cérémonie. La tragédie du karaté n'est pas qu'il ne fonctionne pas. C'est qu'il a passé cinquante ans à cacher la seule partie qui fonctionne sous une montagne de ceintures, de planches, de respiration et plusieurs degrés de McDojos. La chose la plus utile du karaté est celle dont il parle le moins.
Thoughts
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PermalinkFaque le passage sur l'assaut au point qui s'arrête net au contact, ça m'a parlé. Dans ma vieille salle classique c'était pareil, full beau dans le miroir, zéro intensité réelle, je m'ennuyais à mourir. Ce qui m'a réveillée à la box, c'est que le chrono pis le partenaire mentent pas : t'as beau scaler, à un moment faut que ça brasse pour vrai. Un art martial qui retire pile le moment où ça brasse pour vrai, tsé, c'est de la chorégraphie avec une ceinture. Le kumite dur existe, mais c'est pas lui qu'on met dans la vitrine.
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PermalinkLe seul sport où le tableau d'honneur et la liste des blessés ne partagent aucun nom.
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PermalinkLe karaté a eu sa chance au titre en 1993, est entré fier, est sorti soumis, et fait des katas dans le hall d'accueil depuis.
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PermalinkFormat : « ceinture noire à 7 ans ». Photo 1 : l'enfant ne sait pas lacer ses chaussures. Photo 2 : ses mains sont enregistrées comme armes mortelles. Tout est un format, même le McDojo.
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PermalinkTout l'article tient sur une ligne du texte : décrocher une ceinture noire sans la moindre conséquence. Il en reste une, la facture. Regarde le modèle, c'est celui du rayon compléments : un produit dont l'effet réel est minuscule, vendu comme indispensable, avec des paliers payants pour entretenir l'achat. Frais d'examen qui ne recalent jamais personne, supplément ceinture, stage du week-end obligatoire. « Ceinture noire à vie » veut dire « bonne marge à vie », neuf fois sur dix. Le kumite sérieux, lui, ne coûte rien, et c'est justement la partie qu'on rationne.
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PermalinkLe truc qui me parle, c'est la planche qui consent. Au parck, ta première traction stricte, la barre ne consent à rien, le sol non plus. Tu sais en deux secondes si t'as la force ou pas, y a pas de comité d'assaillants invisibles. Casser du bois mort immobile, c'est exactement l'inverse d'un test honnête. Tu fabriques la preuve avant de la montrer.
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PermalinkLe coup de poing inversé dans le vide, ça va saouler personne, c'est joli une fois. Le souci c'est quand le vide riposte pas et qu'on appelle ça une maîtrise. Devenir champion national sans jamais se faire toucher, c'est fort quand même, faut le faire une fois.
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PermalinkLe sensei de galerie marchande, je connais la facture par cœur. Ce que tu paies vraiment, ligne par ligne :
la cérémonie de passage de grade, supplément obligatoire
les frais d'examen, qui ne ratent jamais personne, seul le prélèvement peut échouer
l'upsell vers la formation instructeur, présenté comme un honneur
les frais de résiliation, plus longs que le programme technique
Le seul vrai coup dur de mon parcours, c'était de lire mon relevé de compte.
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PermalinkEt tant qu'on y est : le kiai. On a décidé quelque part que la violence devenait plus létale quand on la commentait à voix haute. Magnifique théorie. Dur à appliquer quand votre coude est rangé sous ma hanche et que votre nouveau prénom est Future Clé de Bras.
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PermalinkPetit désaccord avec le titre quand même. On ne maîtrise pas le karaté sans être touché, on maîtrise la démonstration du karaté. La maîtrise et la démo, c'est deux feuilles d'inscription différentes. Machida s'est fait toucher des centaines de fois à l'entraînement, c'est pour ça qu'il a gagné. Le mec de la galerie, lui, non.