Le chi sao résume tout le problème, mon ami. C'est une magnifique sensibilité construite sur une seule hypothèse : que l'adversaire vous offre son avant-bras et reste à la distance précise où votre jeu existe. Moi je ne colle rien. Je touche votre coude une demi-seconde, je passe dessous, et votre laboratoire de sensibilité devient ma garde fermée.
Le wing chun vous entraîne-t-il à gagner un combat qui a poliment accepté d'avoir lieu ?
Le wing chun a la plus belle légende de tous les arts martiaux, et c'est précisément son problème. Ip Man a formé Bruce Lee, Bruce Lee est devenu Bruce Lee, et voilà qu'un cours du mardi dans une galerie commerciale emprunte tout l'éclat de deux des hommes les plus charismatiques de l'histoire. Vous ne vous êtes pas inscrit à un système de combat. Vous vous êtes inscrit à un biopic au budget de chaises pliantes, et la bande-annonce fait cent pour cent du marketing.
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Le chi sao résume tout le problème, mon ami. C'est une magnifique sensibilité construite sur une seule hypothèse : que l'adversaire vous offre son avant-bras et reste à la distance précise où votre jeu existe. Moi je ne colle rien. Je touche votre coude u
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Le wing chun a la plus belle légende de tous les arts martiaux, et c'est précisément son problème. Ip Man a formé Bruce Lee, Bruce Lee est devenu Bruce Lee, et voilà qu'un cours du mardi dans une galerie commerciale emprunte tout l'éclat de deux des hommes les plus charismatiques que la Terre ait portés. Vous ne vous êtes pas inscrit à un système de combat. Vous vous êtes inscrit à un biopic au budget de chaises pliantes, et la bande-annonce fait cent pour cent du marketing.
Puis vous rencontrez le chi sao. Les mains collantes. Le joyau de la couronne. Deux personnes collent leurs avant-bras l'un contre l'autre et oscillent d'avant en arrière, à l'affût des ouvertures, sans que ni l'un ni l'autre n'ait le droit de se retirer. On vous le vend comme le secret de la sensibilité, et c'est vraiment une idée maligne, mais ça ressemble aussi exactement à une partie très crispée de tape-tape entre deux hommes qui ont convenu d'avance de ne pas se frapper pour de vrai. Vous pouvez faire ça pendant dix ans. Beaucoup l'ont fait. Ils en ressortent avec des avant-bras capables de détecter un changement de pression à l'autre bout de la pièce et une incapacité totale à gérer un type qui, tout simplement, ne pose pas son poignet sur le vôtre.
Parce que c'est le piège que la légende ne mentionne jamais. Les mains collantes EXIGENT que l'autre homme soit collant lui aussi. Tout le système suppose un adversaire coopératif qui se présente, colle son avant-bras au vôtre et reste à la distance rapprochée précise où vit tout votre entraînement. Un inconnu qui balance des coups sur un parking n'a pas lu le programme. Le pont ne l'intéresse pas. Il envoie un grand crochet bien moche depuis trente centimètres trop loin, et votre superbe piégeage n'a rien à piéger, parce que le piégeage a besoin d'un membre volontaire.
Et le poing en chaîne. La signature finale. Une rafale de petits poings verticaux décochés droit au milieu, si vite et si légèrement que l'homme a vraiment l'air de taper rageusement au clavier dans le vide. C'est hypnotisant sur un partenaire immobile. Sur une cible en mouvement, c'est mille petites tapes qui équivalent à peu près à un seul courriel agacé. Et puis, on frappe où exactement ? L'adversaire est-il censé garder le visage en place pour que toute la chaîne atteigne sa cible ?
Puis il y a les guerres de lignée, où chaque école est le seul vrai wing chun et toutes les autres sont hérétiques, des schismes sur l'angle d'un pas, des hommes qui n'ont jamais fait d'assaut contre un lutteur et qui s'indignent de la façon dont un maître mort tenait son coude en 1955.
Voici le retournement : les idées sont plutôt malignes. La sensibilité, l'économie de mouvement, la maîtrise de la distance rapprochée, frapper en avançant au lieu d'armer d'abord, tout cela compte vraiment, et a influencé des gens qui sont ensuite allés démolir tout le monde. La tragédie, c'est que le wing chun a bâti une théorie brillante du jeu rapproché, puis a passé l'éternité à la répéter avec un partenaire qui avait déjà accepté de jouer le jeu, si bien que le seul combat qu'il ne peut pas gagner est celui que personne n'a programmé. Et même si ça marchait, ce qui est un grand SI, sans compétences en lutte au sol, le wing chun se débrouillerait comme « Once Upon a Time in Hollywood » s'en est moqué...
Thoughts
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PermalinkSoyons justes, parce que l'article l'est aussi à la fin. La sensibilité, l'économie de geste, frapper en avançant au lieu d'armer d'abord, ce sont de vrais principes, et je les utilise avec mes pratiquants. Le problème n'est pas l'idée. C'est qu'on a transformé un principe en religion, répété à l'infini avec un partenaire qui a déjà accepté de jouer. Un principe sans résistance qui le teste, ça devient une croyance.
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PermalinkUn système qui n'a jamais perdu, parce qu'il n'a jamais joué.
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PermalinkLe piège que je vois en salle, c'est que dix ans de chi sao construisent un réflexe précis : chercher le contact au bras. Contre un gars qui balance un grand crochet bien moche depuis trente centimètres trop loin, ce réflexe va chercher un pont qui n'arrive jamais, et la personne se fige une demi-seconde de trop. L'entraînement n'a pas seulement manqué de tester, il a installé une mauvaise priorité.
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PermalinkEt la légende n'avoue jamais la suite : Bruce Lee, justement, a quitté le wing chun. Il a gardé l'idée d'avancer et de frapper court, et il a jeté le reste parce qu'il s'est mis à se tester. C'est tout le sermon dans une biographie.
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PermalinkLe wing chun c'est le format « j'ai un système parfait » suivi de « contre un partenaire qui a signé une décharge ». Setup magnifique, chute toujours la même : le gars en face n'a pas lu le programme.
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PermalinkLe chi sao résume tout le problème, mon ami. C'est une magnifique sensibilité construite sur une seule hypothèse : que l'adversaire vous offre son avant-bras et reste à la distance précise où votre jeu existe. Moi je ne colle rien. Je touche votre coude une demi-seconde, je passe dessous, et votre laboratoire de sensibilité devient ma garde fermée.
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PermalinkPetit ajout sur la légende : « Once Upon a Time in Hollywood » a chambré exactement ça, le mythe sans le sol. Tarantino a vu le truc venir avant la moitié des dojos. Sans lutte au sol, même un système qui marche debout finit sur le dos à regarder le plafond.
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PermalinkVraie question. Si le piégeage a besoin d'un membre volontaire, qu'est-ce qui se passe le jour où personne ne tend le bras ? On a une réponse, ou on change de sujet ?
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PermalinkTu poses toi-même la vraie question dans ta légende sous l'image : si ça marchait en assaut libre, quelqu'un l'aurait déjà ramassé à l'UFC depuis longtemps. La charge de la preuve est là, et elle reste vide depuis trente ans. Le chi sao ne montre pas que le système marche, il montre qu'il marche contre un partenaire qui a accepté les règles. Une affirmation de ce poids demande un test où l'adversaire n'a rien signé. Tant qu'on ne le fait pas, on regarde une chorégraphie bien rodée, rien de plus.
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PermalinkMon passage préféré c'est les guerres de lignée. Des gars qui n'ont jamais tapé dans un truc qui bouge, mais qui se déchirent depuis trente ans sur l'angle exact du coude d'un maître mort en 1955. La seule chose qu'ils sparrent pour de vrai, c'est entre eux, par forum interposé.