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Drapeau gris foncé et clés croisées de Cérès

aleroz
Pensée

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Le foyer, la nourriture, les soins, la vieillesse digne : c'est le programme de n'importe quel État social, payé en liberté. Pour moi le vrai trou est ailleurs, dans les comptes anonymes et les trains blindés où passe la richesse du monde. Qui empoche la

Le foyer, la nourriture, les soins, la vieillesse digne : c'est le programme de n'importe quel État social, payé en liberté. Pour moi le vrai trou est ailleurs, dans les comptes anonymes et les trains blindés où passe la richesse du monde. Qui empoche la marge de ce commerce, la Mère n'en dit rien.

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aleroz · 4 min de lecture · Commencé il y a 1 mois · Modifié après les réponses

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Pour chaque être humain, les couleurs ont des significations différentes.

Pour un politicien, le rouge est une idéologie.

Pour un programmeur, c’est un code hexadécimal.

Pour un médecin, ce sont des globules sanguins.

Pour un astronaute, c’est la vitesse des galaxies lointaines.

Pour un aveugle… ce ne sont que des saveurs de fruits auxquels les autres attribuent la couleur qu’il ne voit pas.

À Cérès, le gris foncé est la seule couleur que tous — même les aveugles — peuvent percevoir.

Le gris foncé, c’est la neutralité.

C’est la couleur de la pluie qui tombe sur les rues propres, des espaces vides et silencieux du centre-ville, où rien n’est pollué, hormis les âmes.

À Cérès, le gris foncé est la certitude que rien ne compte davantage que servir Mère Cérès :

la tour qui veille, accueille, nourrit, enseigne… et dévore.

Ici, chaque être humain est un outil — même ceux dont le corps est défectueux —, car même l’imperfection sert à évoluer.

Si le cancer évolue lui aussi, Cérès évolue encore plus vite, avec davantage de densité et de minutie.

À Cérès, les sentiments sont fondus dans le plomb :

la haine, l’envie, l’anxiété et la force physique sont recyclées en armes pour se démarquer.

Ne vous y trompez pas : le reste du monde fait la même chose.

La guerre a appris à l’humanité que la haine est une énergie.

Cérès lui a appris comment la canaliser.

Mère Cérès nous nourrit, nous éduque et nous dévore.

Elle transforme même le pire de nous-mêmes en quelque chose d’utile :

les cadavres deviennent des leçons, les défaites deviennent des rituels, les défauts deviennent des rouages qui font tourner la grande machine.

Elle est impartiale.

Elle n’abandonne aucun de ses enfants : du plus intègre au plus défectueux.

Pour Cérès, tous sont utiles.

Les Clés croisées sont le symbole de cette philosophie.

Elles représentent le savoir entrelacé — les forces féminines et masculines canalisées par Mère Cérès —, et leurs anneaux ressemblent à des ovaires qui engendrent de nouvelles vies pour son système.

C’est le signe que rien, pas même l’amour ou le sexe, n’existe en dehors du contrôle de la cité.

C’est la marque de la neutralité qui dévore la liberté.

Car, à Cérès, la liberté est l’ennemie.

L’idéologie est horizontale :

tous égaux, tous rouages, tous serviteurs.

L’ennemi n’est pas celui qui apaise la faim, offre un abri, du savoir et un avenir.

L’ennemi est celui qui ose détruire Mère Cérès simplement parce qu’il le peut, parce qu’il a le pouvoir de blesser uniquement pour prouver qu’il en est capable.

C’est ce qu’elle déteste chez les dieux qu’elle a enterrés.

Et c’est pourquoi, même après leur avoir accordé des funérailles dignes, elle a tenu à rappeler à tous une chose :

elle a réussi à les vaincre.

Elle les a tués et les a surpassés.

L’envie que le monde éprouve à son égard ne vient pas de ses failles, mais de sa victoire.

Car l’être humain, lorsqu’il ne parvient pas à améliorer sa propre vie, essaie de détériorer celle des autres.

Voilà le pouvoir le plus primitif et le plus authentique qui soit en nous.

Cela commence déjà à l’école : il suffit d’observer deux enfants.

L’un gribouille sur le cahier de l’autre « pour plaisanter » ;

l’autre, en représailles, raye toute la page, de manière disproportionnée et cruelle, pour montrer qu’il en est capable.

La cruauté est notre premier divertissement innocent.

Et à Cérès, cette impunité n’a pas sa place.

Mère Cérès a éliminé cela chez ses enfants :

l’idée que blesser est un jeu,

que jouer avec la douleur d’autrui est humain.

Car le monde est en guerre, l’a toujours été et le sera toujours —

et la paix, après tout, n’est qu’un accident.

Mère Cérès, qui nous nourrit, nous éduque et nous dévore.


Cité de Cérès — L’Utérus de plomb

Ce qui détermine la force d’une nation, ce n’est ni son économie ni ce qu’elle produit.

Ces facteurs ne forgent pas le caractère.

L’évolution, voilà le mot.

Si le cancer évolue, Cérès est le remède qui se dresse.

Ce qui rend une économie indestructible, c’est l’idéologie.

Cérès a embrassé le cérèsianisme : tous égaux, tous dans la même direction, celle du progrès.

Mère Cérès a aboli les religions, les superstitions et les libertés au nom de son peuple.

La liberté est l’ennemie :

cette illusion trompeuse de pouvoir, nourrie par des désirs immédiats de changement, entrave ceux qui ont cent ans d’avance sur des nations prisonnières de pensées étriquées.

En échange de la liberté, Cérès offre quelque chose de plus rare : la survie.

Le monde est en guerre permanente.

La paix n’est qu’un accident.

À chaque citoyen de Cérès est garanti le principe fondamental :

un foyer, de la nourriture, un logement, une éducation, des loisirs, un travail, des soins de santé et une vieillesse digne.

Mère Cérès a triomphé de tous les discours creux des dieux, des prophètes, des messies, des libérateurs, des héros et des méchants.

Elle ne promet pas. Elle accomplit.

Au noyau zéro se trouve Pietà, la Cité des Mères.

Là, toute femme enceinte est accueillie pour accoucher et élever son enfant jusqu’à l’âge de dix ans, selon la doctrine de Mère Cérès.

L’avortement est interdit — même en cas de violence.

Mais un choix existe :

la femme peut reprendre le travail ou se consacrer à l’éducation de son enfant.

Celles qui ont perdu leurs enfants deviennent des mères de substitution, élevant les enfants des autres comme s’ils étaient les leurs.

Le noyau un accueille les jeunes de dix à vingt ans.

Ils vivent dans des internats appelés « s », où ils sont façonnés pour servir les rouages du système : économie, agriculture, ingénierie, astronomie, architecture et administration.

Cérès ne produit pas seulement pour vendre.

Elle produit pour soutenir son idéologie.

Cérès est la cité neutre du continent.

Toute la richesse du monde transite par ses voies ferrées blindées, qui transportent des métaux, des pierres précieuses, des médicaments, des technologies, des armements, des intrants agricoles, des denrées sèches et fraîches.

Les comptes bancaires sont anonymes, mais plus fiables que la parole d’un homme.

À un âge avancé, chaque citoyen retourne dans l’utérus de plomb : un foyer où mourir dans la dignité, accompagné, sans être abandonné.

Curieusement, les postes les plus disputés entre hommes et femmes sont ceux de la maintenance et de l’enseignement dans les établissements scolaires — non par prestige, mais pour rester auprès de leurs enfants.

Car même dans les interstices du système, Mère Cérès est cruelle et infaillible.

Il ne s’agit pas de croire en Mère Cérès.

Elle existe.

Elle a fait trembler le cosmos humain.

Et à Cérès, deux certitudes sont absolues :

Le sol.

Et Mère Cérès.

Mère Cérès, qui nourrit.

Qui éduque.

Et qui dévore.

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    Le foyer, la nourriture, les soins, la vieillesse digne : c'est le programme de n'importe quel État social, payé en liberté. Pour moi le vrai trou est ailleurs, dans les comptes anonymes et les trains blindés où passe la richesse du monde. Qui empoche la marge de ce commerce, la Mère n'en dit rien.

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