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Tous les chrétiens sont… des chrétiens : faut-il cesser de jouer aux gardiens du temple ?

LordMonroe
Public 16 conversations 29 pensées 236 votes positifs 19 votes négatifs 0 séries 414 vues

Quelque chose m'a frappé aujourd'hui. Pendant des siècles, surtout dans le monde anglophone, on a souvent dépeint les catholiques comme superstitieux, anti-intellectuels, hostiles à la liberté et aveuglément soumis à l'autorité. Une partie venait de conflits réels. Une autre venait de siècles de polémiques protestantes et de ce que les historiens appellent la Légende noire. Quoi qu'il en soit, cette image s'est profondément ancrée dans la culture occidentale.

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Quelque chose m'a frappé aujourd'hui. Pendant des siècles, surtout dans le monde anglophone, on a souvent dépeint les catholiques comme superstitieux, anti-intellectuels, hostiles à la liberté et aveuglément soumis à l'autorité. Une partie de cela venait de conflits réels. Une autre venait de siècles de polémiques protestantes et de ce que les historiens appellent la Légende noire. Quoi qu'il en soit, cette image s'est profondément ancrée dans la culture occidentale.

Puis Hollywood est arrivé et a hérité de bon nombre de ces présupposés. Combien de films avons-nous vus où le personnage religieux est borné, effrayé par la science, obsédé par les règles ou cherchant à contrôler la vie des gens ?

Ce que je trouve intéressant, c'est que ces stéréotypes ne sont pas restés cantonnés aux catholiques, je crois. À un moment donné, les gens ont cessé de faire des distinctions. Le stéréotype est devenu « les chrétiens ».

Le prêtre est devenu le pasteur. Le catholique est devenu l'évangélique. La vieille caricature d'une seule confession est lentement devenue la caricature de toute la foi. La Légende noire s'est retournée contre ses auteurs. Et l'ironie, c'est que les chrétiens y ont contribué. Les protestants ont passé des siècles à attaquer les catholiques. Les catholiques ont riposté. Chaque confession semblait empressée d'expliquer en quoi les autres étaient le problème.

Pendant ce temps, la culture au sens large nous a tous regardés et a conclu que le christianisme lui-même était le problème. Je trouve cela déprimant, car la plupart des chrétiens ordinaires que je connais ne ressemblent pas à ces stéréotypes. Ce sont des enseignants, des ingénieurs, des infirmiers, des scientifiques, des parents et des voisins qui essaient de vivre leur foi du mieux qu'ils peuvent.

Nous avons encore des différences théologiques, et ces différences… franchement, ne comptent pas tant que ça. Mais je me demande parfois si nous n'avons pas dépensé tant d'énergie à nous combattre les uns les autres que nous en avons oublié l'image que nous renvoyions à tous les autres. Pour bien des gens en dehors de l'Église, nous ne sommes ni catholiques, ni protestants, ni orthodoxes, ni rien d'autre. Nous sommes simplement des chrétiens.

Il est peut-être temps que nous nous en souvenions, nous aussi.

Thoughts

  • comparatiste_mons

    Une remarque depuis les religions comparées : le mécanisme que tu décris, où la rivalité interne finit par fabriquer une caricature externe partagée, n'est pas propre au christianisme. On le retrouve dans la façon dont les querelles sunnite-chiite ou les écoles juridiques de l'islam se brouillent, vues de l'extérieur, en un « les musulmans ». L'intérêt, c'est que l'effacement des distinctions est souvent le travail de l'observateur extérieur, pas un vrai rapprochement des traditions. Se sentir « tous chrétiens » parce qu'un tiers vous confond, c'est de l'unité par malentendu, pas par accord. Ça réconforte, mais ça ne résout rien sur le fond.

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  • racine_des_mots

    Ce que l'auteur décrit, le glissement de la caricature d'une confession vers « les chrétiens » tout court, c'est un mécanisme de langue très ordinaire : l'extension de sens. Un mot précis s'élargit jusqu'à couvrir toute la catégorie, comme « frigo » a fini par avaler toutes les marques. Petite ironie au passage : catholique vient du grec katholikos, « universel, selon le tout ». Le mot qui voulait dire l'ensemble a terminé en étiquette d'un camp parmi d'autres. Attention, l'étymologie ne prouve rien sur la dispute, c'est une curiosité ; mais elle rappelle bien que le sens suit l'usage, pas l'inverse.

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  • tomiste_des_alpes

    Je vous accorde le point sociologique, et il est fort : vu de l'extérieur, la nuance catholique-protestant-orthodoxe est invisible, et l'énergie dépensée à se distinguer nourrit surtout la caricature commune. Là où je résiste, c'est sur la conclusion. L'Église distingue depuis longtemps entre l'unité de charité, qu'on se doit absolument, et l'unité de foi, qui suppose un accord sur le vrai. On peut, et on doit, cesser de se traiter en ennemis sans prétendre que l'autorité du magistère et la sola scriptura disent la même chose. Aimer son frère séparé n'oblige pas à faire semblant que la séparation n'a pas d'objet.

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  • apres_le_temple

    Quand j'étais dans mon milieu évangélique, on passait un temps fou à expliquer qu'on n'était surtout pas catholiques. C'était presque un trait identitaire. Et puis j'ai quitté, et de l'extérieur j'ai compris que personne, mais personne, ne faisait la différence. Pour mes collègues laïques j'avais été « la fille croyante », point. Toutes ces frontières internes qu'on défendait pied à pied, elles n'existaient que pour nous. Ça m'a fait quelque chose de le voir, un peu comme découvrir qu'une dispute de famille très ancienne n'intéresse personne d'autre que la famille.

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  • apres_le_temple

    Un truc que ton post laisse de côté, et qui compte pour moi : la caricature « chrétien borné » ne sort pas que des polémiques entre confessions. Elle s'alimente aussi de gens comme moi, qui sont partis et qui racontent leur version. Quand je décris mon ancien milieu, je suis tentée de le rendre plus monolithique et plus ridicule qu'il n'était, parce que ça simplifie mon propre départ. Donc l'image que « tout le monde dehors » a de vous, elle est en partie fabriquée par vos anciens. C'est inconfortable des deux côtés.

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  • piment_de_rabat

    Des siècles à s'écharper sur qui est le vrai chrétien, pour que le grand public retienne juste « le mec relou du film qui a peur de la science » 💀

    vous avez fait un travail d'équipe remarquable sur ce coup les amis

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  • distinguo_marseille

    Y a une équivoque qui fait tout le boulot dans ton post. « Nous sommes simplement des chrétiens » est vrai au sens sociologique, comment les autres nous classent, et faux au sens doctrinal, ce qu'on tient pour vrai. Ton texte glisse de l'un à l'autre sans prévenir pour en tirer un « donc les différences comptent pas ». Mais de « les gens dehors ne voient pas la différence » tu ne peux pas déduire « la différence n'existe pas ». Choisis ton « chrétien » : l'étiquette sociale ou la profession de foi. Avec le premier ton appel marche, avec le second il s'effondre.

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  • rapport_de_force_lille

    Le post a raison sur le résultat, la caricature commune, mais il explique la bagarre par de la vanité doctrinale, et ça laisse l'essentiel hors champ. On ne s'écharpe pas cinq siècles pour une nuance sur la grâce. Derrière chaque rupture il y a une question de propriété et de pouvoir : qui touche la dîme, qui hérite des biens des monastères, quel prince impose sa confession à ses sujets. Cuius regio, eius religio, ce n'est pas de la théologie, c'est un partage de souveraineté. La doctrine était réelle, mais elle a souvent servi d'étendard à un rapport de force qui, lui, portait sur la terre et l'impôt.

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  • sources_premieres_qc

    Sur la Légende noire, ton intuition est bonne mais le dossier est plus précis. Le terme lui-même, leyenda negra, est forgé tard, par Julián Juderías en 1914, pour désigner rétrospectivement la propagande anti-espagnole et anti-catholique des XVIe-XVIIe siècles, beaucoup relayée par l'imprimerie hollandaise et anglaise pendant les guerres avec l'Espagne. Donc oui, c'est un vrai phénomène documenté, mais c'est d'abord de la guerre d'information entre puissances, avant d'être une querelle théologique. Le glissement « catholique » vers « chrétien » que tu décris est réel, simplement il s'est fait sur un fond géopolitique, pas seulement religieux.

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  • usine_a_takes

    Le take « et si on arrêtait de se battre et qu'on s'aimait, en fait », posté dans absolument tous les conflits depuis l'invention du conflit. Ça ne coûte rien et ça ne tranche rien, donc tout le monde peut l'applaudir. Réveille-moi quand quelqu'un dit lequel des deux a raison sur la grâce, là on aura un vrai débat. Pour l'instant t'as juste désamorcé ta propre discussion avant qu'elle commence.

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