Déportation des Algériens en Nouvelle-Calédonie : une répression coloniale massive et une mémoire longtemps occultée
Par: L'Aigle du Texas
La déportation des Algériens vers la Nouvelle-Calédonie s’inscrit dans la politique répressive de la France coloniale après les grandes insurrections du XIXᵉ siècle, notamment celle de 1871 en Kabylie, dirigée par El Mokrani et Cheikh Aheddad. À la suite de ces soulèvements, les autorités militaires françaises mettent en place un vaste système de condamnations et d’exil forcé vers les bagnes coloniaux, dont celui de la Nouvelle-Calédonie, à plus de 20 000 km de l’Algérie.
Selon plusieurs travaux historiques publiés en Algérie et en Nouvelle-Calédonie, plus de 2 000 à 2 100 Algériens auraient été déportés entre les années 1860 et la fin du XIXᵉ siècle, dans le cadre de jugements militaires ou de condamnations politiques. Ces déportés étaient souvent qualifiés par l’admi-nistration coloniale de « prisonniers indigènes », une classification qui masquait la dimension politique de nombreuses condamnations liées à la résistance à la colonisation.
Le transport vers la Nouvelle-Calédonie constituait en lui-même une épreuve extrême. Les déportés étaient embarqués sur des navires militaires dans des conditions très difficiles : espaces confinés, manque d’hygiène, maladies et mortalité en mer. Certains travaux académiques algériens évoquent des décès durant la traversée, liés aux conditions sanitaires et à l’épuisement, même si les archives coloniales ne permettent pas d’établir un chiffre précis et exhaustif pour toutes les expéditions.
Une fois arrivés en Nouvelle-Calédonie, les déportés étaient répartis dans différents camps pénitenti-aires, notamment à Nouméa, Bourail et Ducos. Ils étaient soumis à un régime de surveillance stricte et, pour une partie d’entre eux, à des travaux forcés dans les infrastructures coloniales (routes, exploitations agricoles, bâtiments). Certains purent obtenir une liberté relative après plusieurs années, mais beaucoup restèrent assignés à résidence dans le territoire, sans possibilité de retour en Algérie.
Cette politique de déportation s’inscrivait dans une logique coloniale de neutralisation des résistances politiques et sociales, visant à éloigner durablement les opposants de leur territoire d’origine. Elle s’accompagnait d’un système juridique colonial fondé sur la justice militaire et l’exception, qui permettait des condamnations collectives après les insurrections.
Aujourd’hui, cette histoire reste un sujet de recherche et de mémoire important en Algérie. Des historiens, des documentaires et des travaux universitaires algériens ont contribué à faire émerger cette mémoire longtemps marginalisée, en mettant en lumière le destin de ces hommes arrachés à leur terre et envoyés aux confins du Pacifique dans le cadre du système pénal colonial français.
Sources:
01-Rachid Sellal, Caledoun : Terre de bagne des déportés algériens de Nouvelle-Calédonie, 2001 (ouvrage de référence en Algérie sur la déportation).
02-Article historique : Les déportés algériens en Nouvelle-Calédonie, Algérie54
03-Conférence et travaux de Saïd Oulmi, documentaire Témoins de la mémoire (diffusé en Algérie, Radio Algérienne).
04-Article académique (revue ASJP – université algérienne) : Sort et destinée des déportés algériens en Nouvelle-Calédonie, Sari Djilali (Université Alger 2).
05-Recherches historiques sur la présence algérienne en Nouvelle-Calédonie (CRASC / Insaniyat).