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Crise migratoire : l’Italie au cœur du bras de fer européen sur les transferts de Dublin

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Par : L'Aigle du Texas

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Par : L'Aigle du Texas

Euronews/La pression européenne sur l’Italie s’intensifie. Après l’Allemagne, la Suisse, l’Autriche et la Finlande, la Suède a confirmé qu’elle avait déjà commencé à transférer vers l’Italie des demandeurs d’asile considérés comme relevant du système de Dublin, et qu’elle entendait poursuivre cette pratique. Stockholm invoque l’entrée en application, le 12 juin 2026, du nouveau Pacte européen sur la migration et l’asile, qui renforce les règles de responsabilité entre États membres. Pour la Suède, le principe demeure clair : le pays responsable de l’examen d’une demande d’asile doit pouvoir en assurer la prise en charge.

Photo: Euractiv

Les chiffres donnent la mesure de l’enjeu pour Rome. Selon Eurostat, l’Italie a reçu 42 468 demandes de transfert en 2023, 42 807 en 2024 et 24 152 en 2025, soit 109 427 demandes sur trois ans. Pour la seule année 2025, l’Italie arrive en tête des pays européens destinataires de ces demandes, devant l’Allemagne, la Croatie, l’Espagne et la Grèce. Il faut toutefois distinguer les demandes des transferts effectivement réalisés : à l’échelle de l’Union, 111 708 demandes ont été formulées en 2025, mais seulement 16 620 transferts ont effectivement été exécutés.

Cette nouvelle dynamique constitue un test politique pour le gouvernement de Giorgia Meloni, qui avait suspendu les retours de demandeurs d’asile vers l’Italie depuis décembre 2022. Selon le ministère italien de l’Intérieur, environ 80 000 demandes de prise en charge ont ainsi été rejetées entre décembre 2022 et la fin de 2025. Depuis l’entrée en application du nouveau Pacte, Rome affirme que le volume réel demeure pour l’instant limité : sur environ 50 demandes reçues, seules trois personnes auraient effectivement rejoint l’Italie. La Commission européenne, qui suit la mise en œuvre du nouveau dispositif, estime néanmoins que des mesures concrètes restent nécessaires pour garantir l’efficacité des transferts et prévoit une nouvelle évaluation en octobre.

La France et l’Espagne, en revanche, ont choisi de ne pas suivre cette ligne. Paris a indiqué qu’il ne rejoindrait pas, pour le moment, les pays procédant aux transferts vers l’Italie, en privilégiant la co-opération avec Rome pour réduire les départs depuis la Tunisie et la Libye. Madrid défend de son côté une approche fondée sur les mécanismes européens de solidarité prévus par le Pacte, plutôt que sur des expulsions ou des mesures bilatérales isolées. Cette divergence révèle une fracture stratégique au sein de l’Union : certains États veulent appliquer strictement le principe de responsabilité du premier pays d’entrée, tandis que d’autres privilégient une répartition européenne plus solidaire de la charge migratoire.

Au-delà de la polémique italienne, le dossier « Dublin » devient ainsi l’un des premiers tests majeurs du nouveau Pacte migratoire européen. Pour Rome, le risque est de voir revenir une partie des personnes arrivées sur son territoire avant de poursuivre leur route vers le nord de l’Europe ; pour les États du Nord, l’enjeu est de faire respecter les règles européennes de responsabilité. Le débat devrait encore s’intensifier dans les prochaines semaines, alors que la Commission doit présenter une nouvelle évaluation en octobre. Entre solidarité européenne, contrôle des frontières et responsabilité du premier pays d’entrée, l’Italie se retrouve au cœur d’un bras de fer qui pourrait déterminer l’efficacité réelle du nouveau système européen d’asile.