Chine : la nouvelle loi sur l'« unité ethnique » relance le débat sur l'identité nationale et les droits des minorités
Par: L'Aigle du Texas
La Chine a franchi une nouvelle étape dans sa politique d'intégration nationale avec l'entrée en vigueur d'une loi consacrée à « l'unité ethnique », coïncidant avec le 105ᵉ anniversaire du Parti communiste chinois. Présenté par les autorités comme un instrument destiné à renforcer « l'harmonie sociale », « l'unité nationale » et le sentiment d'appartenance à une communauté commune, ce texte s'inscrit dans la stratégie du président Xi Jinping visant à consolider la cohésion du pays. Toutefois, plusieurs représentants de minorités ethniques et organisations de défense des droits humains estiment que cette législation pourrait accélérer l'assimilation culturelle des populations non han, qui représentent environ 9 % de la population chinoise.
La République populaire de Chine reconnaît officiellement 56 groupes ethniques, dont les Han, qui constituent plus de 90 % de la population, soit près de 1,3 milliard d'habitants. Les 55 autres groupes comprennent notamment les Ouïghours, les Tibétains, les Mongols, les Zhuang, les Miao, les Dai, les Yao, les Dong, les Hui, les Coréens et plusieurs dizaines d'autres communautés. Bien que minoritaires sur le plan démographique, ces populations occupent près de 60 % du territoire chinois, principalement dans les régions frontalières comme le Xinjiang, le Tibet, la Mongolie intérieure, le Guangxi et le Yunnan, ce qui confère à leur intégration une dimension stratégique pour Pékin.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2012, Xi Jinping a fait de la construction d'une « communauté de la nation chinoise » l'un des piliers de sa gouvernance. Cette orientation se traduit par le renforcement de l'enseignement du mandarin, la promotion d'une identité nationale commune et une place accrue accordée aux symboles de l'État. Pour les autorités chinoises, ces mesures visent à favoriser l'égalité entre les citoyens, à réduire les disparités régionales et à prévenir les mouvements séparatistes ou les influences étrangères dans les zones frontalières. Pékin affirme que cette politique contribue également au développement économique et à la stabilité sociale des régions concernées.
Cette approche fait néanmoins l'objet de critiques récurrentes. Des organisations internationales, des chercheurs et des représentants de certaines minorités estiment que ces politiques risquent d'affaiblir les langues, les traditions et les identités culturelles locales. Les situations des Ouïghours au Xinjiang et des Tibétains sont particulièrement suivies par la communauté internationale. Les autorités chinoises rejettent ces accusations, affirmant que leurs actions visent exclusivement à lutter contre l'extrémisme, le terrorisme et le séparatisme, tout en garantissant le développement économique et la sécurité nationale. Les divergences d'interprétation demeurent profondes entre Pékin et ses critiques.
Au-delà du débat politique, la question des minorités ethniques illustre le défi auquel la Chine est confrontée : préserver l'unité d'un État vaste et multiculturel tout en respectant la diversité de ses populations. Avec 56 ethnies officiellement reconnues, des centaines de langues et de dialectes ainsi que des traditions culturelles très variées, le pays continue de chercher un équilibre entre cohésion nationale, développement économique et pluralité culturelle. L'évolution de cette politique restera l'un des principaux sujets d'observation pour les spécialistes des affaires chinoises dans les années à venir.
Références
01-Radio France Internationale, entretien avec le sinologue Joël Bellassen sur la politique chinoise des minorités ethniques.
02-Conseil des affaires d'État de la République populaire de Chine, documents officiels sur les nationa-lités ethniques.
03-Organisation des Nations unies et rapports de plusieurs experts indépendants sur les politiques concernant les minorités en Chine.